L'essentiel en 30 secondes
- La DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) décompose un projet en lots et en postes : description d'ouvrage, unité, quantité, plus une colonne prix que chaque entreprise remplit.
- C'est l'architecte qui la rédige : le périmètre est fixé une fois pour toutes, les offres reçues se comparent poste à poste.
- Un même document vit trois fois : estimatif interne, trame de consultation envoyée prix vides, document de suivi après la passation des marchés.
- Chaque poste tient en trois décisions : une description d'ouvrage complète, une unité mesurable, une quantité posée par vous (jamais « ensemble » ou « à définir »).
- La trame part à deux entreprises minimum, toujours identique, prix vides.
À quoi sert une DPGF, concrètement ?
La DPGF vient des marchés publics : c'est le document qui décompose le prix d'un marché à forfait, poste par poste, pour que l'acheteur comprenne ce qu'il paie. En marché privé de rénovation, personne ne vous l'impose. C'est précisément pour ça qu'elle vaut de l'or quand vous l'imposez vous-même. Sans trame, chaque entreprise consultée établit son devis à son format : ses intitulés, ses unités, ses quantités mesurées à sa façon. Trois devis libres pour un même lot décrivent trois chantiers différents, et nous avons montré dans notre méthode d'analyse des offres pourquoi leurs totaux ne se comparent pas.
La DPGF inverse le rapport : c'est vous qui décrivez les ouvrages, posez les unités et fixez les quantités. L'entreprise ne choisit plus le périmètre, elle met ses prix dans le vôtre. Deux conséquences immédiates : les offres reçues se lisent ligne contre ligne, et les écarts cessent d'être du bruit pour devenir des informations : une quantité contestée, un prix qui sort de l'épure. La règle de terrain qui va avec ne souffre aucune exception : la trame part toujours à deux entreprises minimum, strictement identique, prix vides. C'est la condition pour que le client ait un vrai choix, et pour que votre recommandation finale soit défendable.
Précision de vocabulaire qui évite bien des confusions : la DPGF chiffrée par vos soins reste un estimatif, un outil de travail interne, jamais un « devis ». Les devis sont les documents commerciaux et contractuels des entreprises. La DPGF organise la consultation ; les devis engagent.
Exemple : un extrait de DPGF commenté, ligne à ligne
Voici à quoi ressemble un lot d'une DPGF de rénovation intérieure, ici un lot peinture pour un appartement parisien, dans sa version estimatif : les prix sont ceux de l'architecte, posés à partir de sa bibliothèque de prix et de son relevé. C'est cette même structure qui partira ensuite aux entreprises, colonnes prix vidées.
Lot 05 – Peinture / revêtements muraux (version estimatif de l'architecte)
| N° | Désignation de l'ouvrage | U | Qté | PU HT | Total HT |
|---|---|---|---|---|---|
| 05.1 | Protection des sols et mobiliers, bâchage des zones non traitées | ft | 1 | 280 € | 280 € |
| 05.2 | Dépose du papier peint existant, murs séjour et couloir, y compris évacuation | m² | 48 | 12 € | 576 € |
| 05.3 | Ratissage et enduit de lissage sur murs déposés, ponçage compris | m² | 48 | 18 € | 864 € |
| 05.4 | Peinture acrylique mate, murs, 1 couche d'impression + 2 couches de finition | m² | 48 | 28 € | 1 344 € |
| 05.5 | Peinture plafonds séjour et couloir, 1 impression + 2 finitions | m² | 22 | 30 € | 660 € |
| 05.6 | Nettoyage de fin de chantier du lot | ft | 1 | 150 € | 150 € |
| Total lot 05 — Peinture | 3 874 € HT | ||||
Chaque colonne joue un rôle précis. Le numéro (05.2) permet de désigner un poste sans ambiguïté dans un email, un compte rendu ou un rapport d'analyse. La désignation décrit l'ouvrage fini et ses sujétions : la dépose y compris évacuation, la peinture impression comprise. Tout ce qui n'est pas écrit sera facturé en plus par quelqu'un. L'unité rend le poste mesurable : m², mètre linéaire, unité, ou forfait (« ft ») réservé aux prestations globales réellement indivisibles. La quantité vient de votre relevé, pas de l'estimation de l'entreprise. Les prix, enfin, n'existent que dans votre version : la trame envoyée aux entreprises porte les mêmes lignes, prix vides.
Notez les postes 05.1 et 05.6 : protections et nettoyage. Ce sont les lignes que les devis libres omettent le plus souvent, et qui réapparaissent en supplément une fois le chantier commencé. Les inscrire dans la trame force chaque entreprise à les chiffrer, ou à dire explicitement qu'elle les inclut. Les fourchettes de prix utilisées ici sont cohérentes avec celles de notre guide du chiffrage de travaux, qui détaille les ratios 2026 en Île-de-France, et s'entendent hors TVA. Le taux applicable dépend du logement et de la nature des travaux, comme expliqué dans notre article TVA à 10 ou 20 %.
Comment rédiger chaque poste : description, unité, quantité
Une DPGF se rédige lot par lot (démolition, plâtrerie, électricité, plomberie, menuiserie, peinture, sols) et, à l'intérieur de chaque lot, poste par poste. Trois décisions par ligne :
- La description d'ouvrage. Décrivez le résultat attendu et ses sujétions, pas la marque d'un produit : « faïence murale 20 × 20 posée droite, colle et joints compris, hauteur 1,80 m » dit ce qu'il faut exécuter et ce que le prix inclut. Une ligne floue (« reprise des murs ») sera interprétée différemment par chaque entreprise, et chaque interprétation produira un prix incomparable.
- L'unité. Choisissez l'unité qui se vérifie sur site : le m² pour les surfaces, le ml pour les plinthes et réseaux, l'unité pour les appareillages. Le forfait est légitime pour une prestation globale (installation de chantier, nettoyage) ; il devient un piège dès qu'il couvre un ouvrage mesurable, parce qu'il rend l'offre indécomposable.
- La quantité. Elle sort de votre relevé, arrondie avec une marge raisonnable et constante. Si une entreprise conteste une quantité, c'est une bonne nouvelle : la question se règle par écrit avant la remise des offres, pas en cours de chantier.
Sur un projet complet, comptez une DPGF par lot ou un classeur multi-lots. Peu importe la forme, à condition que la numérotation soit continue et que chaque entreprise reçoive exactement les lots qui la concernent. Et gardez la discipline du niveau de détail : un poste = un ouvrage homogène. Un poste fourre-tout (« rénovation salle de bains complète ») ne se compare pas ; dix micro-lignes pour un même ouvrage noient l'analyse. La bonne granularité est celle qui permet, plus tard, de localiser un écart de prix en une lecture.
Les trois vies d'une DPGF : estimatif, consultation, suivi
La force de ce document tient à ce qu'il ne sert pas une fois, mais trois, et c'est le même fichier qui avance dans le projet :
- L'estimatif interne. En phase de conception, vous chiffrez chaque poste à partir de vos ratios et de votre bibliothèque de prix. C'est le budget que vous annoncez au client : un estimatif d'architecte, assumé comme tel, avec ses fourchettes.
- La trame de consultation. Les mêmes lignes, prix vidés, partent aux entreprises consultées (deux minimum, toujours). Les offres reviennent sur votre structure, et la consultation des entreprises peut alors dérouler sa mécanique : mise à niveau des périmètres, comparaison poste à poste, rapport d'analyse, et validation de l'attribution par le client, sous la forme d'un accord de principe daté.
- Le document de suivi. Après la passation des marchés, la DPGF devient la colonne vertébrale financière du chantier : c'est sur ses postes que s'imputent les situations de travaux, les travaux supplémentaires validés en cours de route et les moins-values. À la fin du projet, elle raconte l'écart entre le budget annoncé et le coût final, poste par poste, sans reconstruction de mémoire.
C'est cette troisième vie qu'on oublie le plus. Un architecte qui jette sa DPGF après la consultation se prive de l'outil qui justifie, en fin de chantier, chaque euro d'écart devant son client.
Les cinq erreurs qui rendent une DPGF inutilisable
- Envoyer l'estimatif au lieu de la trame. Vos prix ne doivent jamais partir chez les entreprises : une offre rédigée en connaissance de votre budget converge mystérieusement vers lui. La trame part prix vides, sans exception.
- Laisser des quantités vides ou « à confirmer ». Chaque entreprise mesurera à sa façon, et vous retombez dans l'incomparable. Si une quantité est réellement incertaine, posez une valeur de référence et signalez-la : tout le monde chiffre sur la même base, quitte à ajuster ensuite.
- Multiplier les forfaits. « Ensemble salle d'eau : ft » n'est pas un poste, c'est une capitulation. Un forfait ne se met pas à niveau, ne se compare pas, ne se suit pas.
- Oublier les postes ingrats. Dépose, évacuation, protections, nettoyage : absents de la trame, ils réapparaissent en travaux supplémentaires, au prix fort et sans concurrence.
- Modifier la trame entre deux envois. Ajouter un poste pour la deuxième entreprise consultée, corriger une quantité pour la troisième : chaque variation détruit la comparabilité que le document devait garantir. Une trame se fige avant le premier envoi ; si elle doit évoluer, l'additif part à toutes les entreprises, daté.
Dernier réflexe, en aval : une offre anormalement basse sur votre trame reste un signal à investiguer, jamais une aubaine. Elle doit déclencher le contrôle des pièces de l'entreprise, décennale en tête, comme détaillé dans notre checklist pour vérifier un artisan avant de le retenir.
Et Nodal, dans tout ça ?
Nodal fait de la DPGF un objet vivant plutôt qu'un fichier qu'on recopie : vous construisez la trame par lots et par postes, ou vous importez votre DPGF existante (.xlsx ou .csv) telle quelle, puis vous l'envoyez aux entreprises consultées d'un clic, prix vides, au format tableur natif. Chaque entreprise répond en remplissant la même structure, y compris en ligne via un lien sécurisé propre à sa consultation, et vous suivez qui a répondu, sur quels postes, avec quelle validité d'offre.
La suite reste dans le même fil : comparaison poste à poste avec écarts vs estimatif et vs moins-disant, attribution par lot, rapport d'analyse des offres généré avec votre recommandation motivée, et validation de l'offre retenue par le client depuis son espace, matérialisée par un accord horodaté. Votre trame, elle, ne se ressaisit jamais deux fois.
Article publié le 24 août 2026. Les prix de l'extrait sont des ordres de grandeur hors taxes, cohérents avec les fourchettes 2026 constatées en Île-de-France, donnés pour illustrer la structure du document ; ils ne constituent ni un barème ni un engagement. Adaptez-les à votre marché local et à la complexité de chaque projet.