L'essentiel en 30 secondes

  • Vos honoraires sont à 20 %, toujours : une prestation intellectuelle ne bénéficie pas du taux réduit, même sur un chantier qui en bénéficie.
  • Les travaux de rénovation d'un logement achevé depuis plus de deux ans peuvent être à 10 %, et à 5,5 % pour l'amélioration de la performance énergétique.
  • Ce n'est pas vous qui appliquez ces taux : les factures de travaux sont émises par les entreprises, au nom du client.
  • Le taux réduit suppose une attestation du client, remise à chaque entreprise. Sans elle, l'entreprise facture à 20 %.
  • Un chiffrage qui mélange les taux sans les ventiler annonce un budget TTC faux, et c'est sur le TTC que le client vous juge.

La règle qui surprend : vos honoraires ne sont jamais à taux réduit

Le taux réduit de TVA porte sur des travaux réalisés sur un local d'habitation : de la main-d'œuvre et des fournitures qui transforment le bâti. Votre mission, elle, est une prestation intellectuelle de conception, de coordination et de suivi. Elle relève du taux normal de 20 %, quelle que soit la nature du chantier qu'elle accompagne.

Cette distinction n'est pas un détail administratif : elle découle du fait qu'un architecte d'intérieur n'est pas contractant général. Il ne vend pas les travaux, il ne les encaisse pas, il ne les refacture pas. Comme nous l'avons détaillé dans notre guide de la consultation des entreprises, les devis et les factures de travaux sont émis par chaque entreprise, au nom du client. Votre facture à vous ne porte que sur vos honoraires.

D'où une conséquence contre-intuitive mais logique : sur un même projet, le client reçoit votre note d'honoraires à 20 % et les factures des entreprises à 10 %. Deux taux, deux émetteurs, deux natures de prestation. Un client qui ne l'a pas entendu au moment du devis le découvre au moment de payer, et c'est rarement une bonne conversation.

Les trois taux qui circulent sur un chantier de rénovation

TauxCe qu'il couvreConditions principales
20 % taux normalVos honoraires. Les travaux sur un logement neuf ou de moins de deux ans. Le mobilier et l'équipement livrés sans pose intégrée. Les travaux qui relèvent de la construction plutôt que de la rénovation.Aucune, c'est le régime par défaut
10 % taux réduitTravaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien d'un local d'habitationLocal affecté à l'habitation, achevé depuis plus de deux ans, attestation du client
5,5 % taux super réduitTravaux d'amélioration de la performance énergétique, et travaux induits qui leur sont indissociablement liésMêmes conditions d'ancienneté, plus la nature énergétique des travaux

Deux zones grises reviennent systématiquement en rénovation d'appartement, et ce sont elles qui font déraper les budgets :

  • Le mobilier et l'agencement. Un meuble livré et posé n'est pas un travail sur le bâti. Une menuiserie conçue sur mesure, fixée et intégrée à la construction, peut relever d'une autre logique. La frontière est fine, elle dépend de l'intégration réelle à l'immeuble, et c'est l'entreprise qui facture qui en porte la responsabilité fiscale.
  • L'ampleur des travaux. Quand une rénovation touche aux éléments porteurs ou revient à produire un ouvrage neuf, elle sort du champ du taux réduit. Une rénovation lourde peut donc basculer au taux normal alors que le client s'attendait à 10 %.

Ces deux points ne se tranchent pas depuis un chiffrage : ils se tranchent avec le comptable du client et l'entreprise qui facture. Votre rôle est de les signaler tôt, pas de les arbitrer.

L'attestation, la pièce que tout le monde oublie

Le taux réduit n'est pas automatique. C'est le client, en tant que maître d'ouvrage, qui atteste que le logement remplit les conditions, notamment l'ancienneté et l'usage d'habitation. Et le point que presque personne n'anticipe : il doit remettre une attestation à chaque entreprise qui facture des travaux, pas une seule pour l'ensemble du chantier.

Sur un chantier attribué par lots, avec trois ou quatre entreprises, cela fait trois ou quatre attestations à produire, au bon moment. Sans elle, l'entreprise applique le taux normal, et la régularisation est pénible pour tout le monde.

Vous n'avez pas à signer ce document, et vous ne devez pas le signer à la place du client. Mais vous êtes la seule personne du projet qui voit passer toutes les entreprises : anticiper l'attestation au moment de la consultation vous coûte un paragraphe dans un email et évite au client un écart de plusieurs milliers d'euros sur son budget.

Pourquoi ça change votre chiffrage

Un chiffrage sert à donner au client un ordre de grandeur fiable de ce qu'il va sortir de sa poche. Or le client raisonne en TTC, pas en HT. Si votre estimatif applique un taux unique à des postes qui relèvent de taux différents, l'écart final ne sera pas une petite imprécision : sur un budget de 80 000 € de travaux, dix points de TVA font 8 000 €.

La discipline est donc simple : porter le taux poste par poste, et présenter un total ventilé par taux plutôt qu'un TTC global opaque. C'est plus rigoureux, et c'est aussi plus vendeur, parce qu'un client qui voit la ventilation comprend qu'il a affaire à quelqu'un qui maîtrise son sujet. La méthode de construction de l'estimatif est détaillée dans notre guide du chiffrage de travaux de rénovation.

Attention également aux travaux supplémentaires apparus en cours de chantier : ils suivent le régime des travaux auxquels ils se rattachent, et un avenant chiffré sans son taux est une mauvaise surprise différée. C'est un des points de discipline de notre guide du suivi de chantier.

Et Nodal, dans tout ça ?

C'est exactement la distinction que le produit encode. Dans Nodal, une ligne de chiffrage de travaux arrive avec un taux réduit par défaut, une ligne de devis d'honoraires avec le taux normal, et les totaux sont ventilés par taux plutôt que fondus dans un TTC unique. Vous pouvez changer le taux ligne par ligne, ce qui est indispensable dès qu'un poste de mobilier côtoie un poste de plomberie.

Concrètement : votre client voit un budget travaux estimatif avec sa ventilation, et une note d'honoraires séparée, sans confusion possible entre les deux. C'est aussi ce qui rend le document de suivi exploitable jusqu'à la fin du chantier.

Notre conseil pour commencer : ajoutez deux lignes à votre email type de démarrage de projet. La première rappelle que vos honoraires sont à 20 % et les travaux à un taux qui dépend du logement et des prestations. La seconde annonce qu'une attestation lui sera demandée pour chaque entreprise. Ces deux phrases, envoyées avant le premier chiffrage, suppriment la totalité des discussions de fin de chantier sur le sujet.

Article publié le 23 août 2026. Les taux et conditions présentés sont une synthèse professionnelle destinée à cadrer un chiffrage, à jour à cette date ; ils ne constituent pas un conseil fiscal. Les règles de TVA sur les travaux évoluent avec les lois de finances et comportent des cas particuliers. Faites valider l'application des taux par le comptable du client et par les entreprises qui facturent.

Questions fréquentes

Un architecte d'intérieur facture-t-il ses honoraires à 10 % ?

Non. Les honoraires sont une prestation intellectuelle de conception et de suivi : ils relèvent du taux normal de 20 %, même quand les travaux du chantier bénéficient du taux réduit. Le taux réduit concerne des travaux portant sur le bâti, pas la mission de conception qui les précède. C'est une confusion fréquente chez les clients, et il vaut mieux la lever au moment du devis qu'au moment de la facture.

Qui doit remplir l'attestation de TVA à taux réduit ?

Le client, en tant que maître d'ouvrage, atteste des conditions ouvrant droit au taux réduit. Il doit remettre une attestation à chaque entreprise qui facture des travaux, pas une seule pour tout le chantier. Sans cette attestation, l'entreprise applique le taux normal et le client paie la différence. L'architecte d'intérieur n'a pas à la signer, mais il a tout intérêt à l'anticiper au moment de la consultation des entreprises.

Le taux réduit s'applique-t-il à tous les logements ?

Non. Il suppose un local affecté à l'habitation et achevé depuis plus de deux ans. Un logement neuf ou de moins de deux ans, un local professionnel, ou des travaux qui relèvent en réalité de la construction plutôt que de la rénovation restent au taux normal. Les locaux à usage mixte demandent une analyse au cas par cas, à faire valider par le comptable du client avant de figer un budget.