L'essentiel en 30 secondes
- Le CCTP dit comment : matériaux, performances, finitions, références d'exécution. La DPGF dit combien, les plans disent où.
- Aucun texte ne l'impose en marché privé, mais c'est lui qui fixe la qualité attendue, celle que vous exigerez à la réception.
- Trois couches : des Généralités communes à tous les lots, des prescriptions par lot, la description des ouvrages article par article.
- Une norme se cite par sa référence, son titre et sa version, jamais par son contenu.
- Même numérotation que la DPGF : chaque ligne de prix renvoie à un article, et inversement.
À quoi sert un CCTP en rénovation privée ?
Le CCTP (cahier des clauses techniques particulières) décrit la qualité des ouvrages : matériaux, performances, finitions, références d'exécution. Il ne contient aucun prix. Les plans disent où, la DPGF dit combien, le CCTP dit comment. Une entreprise qui chiffre sans CCTP chiffre sa propre idée de l'ouvrage, et vous la découvrez à la livraison.
Le sigle vient des marchés publics. En rénovation privée (appartement, maison, boutique, restaurant, bureaux), rien ne l'impose : le contenu du contrat est libre dans les limites fixées par la loi (article 1102 du Code civil). Mais le jour où le client conteste une finition, la seule question utile sera « qu'est-ce qui était écrit ? ».
Au contrat CFAI, le CCTP se rédige en PCG (projet de conception générale), part en consultation en AMT, sert de référence en CET puis en AOR, où chaque réserve se formule contre ce qu'il prévoyait (voir notre guide du PV de réception).
Écrivez aussi, dans le marché de chaque entreprise, l'ordre de priorité des pièces : il tranche quand CCTP, plans, DPGF et devis se contredisent. Si le marché se réfère à la NF P 03-001 (CCAG des marchés privés de travaux de bâtiment), norme volontaire qui ne s'applique que si le contrat la cite, gardez votre clause cohérente avec elle.
Que contient un CCTP ? Les trois couches
1. Les Généralités, communes à tous les lots
Elles valent pour chaque entreprise :
- l'objet des travaux et la description des lieux (étage, surface, état existant, éléments conservés) ;
- les contraintes de site : règlement de copropriété, horaires, accès, protection des parties communes, logement occupé ou vide ;
- les documents de référence : plans avec leur indice, rapport de repérage amiante, diagnostics, carnet de finitions ;
- les limites de prestations entre lots : qui rebouche derrière les autres, qui évacue les gravats ;
- le nettoyage et le contenu du DOE attendu.
S'y ajoutent les textes transverses, liés à la nature du projet :
- le repérage de l'amiante avant travaux, à la charge du donneur d'ordre (arrêté du 16 juillet 2019) ;
- l'accessibilité des ERP situés dans un cadre bâti existant (arrêté du 8 décembre 2014), pour un commerce ou des bureaux recevant du public ;
- l'étiquetage des émissions en polluants volatils des produits de construction, revêtements, peintures et vernis (arrêté du 19 avril 2011) ;
- la réglementation thermique « élément par élément » des bâtiments existants (arrêté du 3 mai 2007 modifié par l'arrêté du 22 mars 2017), dès qu'on change un isolant, une fenêtre, un chauffage ou une ventilation.
2. Les prescriptions par lot
Normes et DTU applicables, qualité des matériaux, « ou techniquement équivalent » après chaque produit désigné, échantillons à soumettre, autocontrôles à remettre, interfaces avec les lots voisins.
3. La description des ouvrages, article par article
Un article par ouvrage, numéroté comme sa ligne de DPGF. Il décrit l'ouvrage fini (matériau, performance, finition, localisation) et ce qui est compris ou exclu. L'entreprise le lit en chiffrant, vous le relirez à la réception.
Modèle de CCTP : un extrait commenté, lot par lot
Six articles types pour un appartement, chacun suivi de ce qu'il doit fixer.
Lot 02 – Plâtrerie, cloisons, doublages
À fixer : composition, plan et indice, hauteur, finition livrée. « Prête à peindre » règle d'avance qui ponce, du plaquiste ou du peintre. Une performance acoustique attendue s'écrit ici.
Lot 03 – Électricité
À fixer : tableau conservé ou remplacé, plan, documents remis. Aucun DTU ne traite la pose électrique : le « DTU 70.1 » (Installations électriques des bâtiments à usage d'habitation) ne comprend qu'un cahier des clauses spéciales (NF P80-201-2, mai 1998). La référence est la NF C 15-100, dont seule l'édition 2024 s'applique depuis le 1er septembre 2025, sans effet rétroactif (Apave).
Lot 04 – Plomberie, sanitaires
À fixer : la limite du lot aux colonnes, en copropriété ; le parcours ; qui fournit les appareils ; l'interface avec le carreleur sur la protection à l'eau de la douche.
Lot 05 – Menuiserie intérieure, agencement
À fixer : matériau, finition, plan, quincaillerie, qui prend les cotes. Révisé en novembre 2025, le NF DTU 36.2 s'appelait « Menuiseries intérieures en bois » (mai 2016) ; l'agencement entre désormais dans son périmètre, et un modèle antérieur cite probablement l'ancien titre.
Lot 06 – Sols souples
À fixer : état du support, produit, joints et rives, et les parties du 53.12 qui s'appliquent (supports, textiles, PVC collés, linoléum). Un modèle qui cite encore les DTU 53.1 ou 53.2 date : ils ne figurent plus dans la liste du CSTB.
Lot 07 – Peinture
À fixer : l'aspect par support (le point discuté à la réception), la teinte et sa validation. Pour un papier peint, citez le DTU 59.4 (Mise en œuvre des papiers peints et des revêtements muraux, NF P74-204-1, février 1998), sans « NF » (son intitulé exact).
Comment citer une norme ou un DTU dans un CCTP ?
Une norme se cite, elle ne se recopie pas : référence, titre, partie, version. Recopier ou paraphraser un DTU pose deux problèmes. Le texte est protégé : la liste des DTU du CSTB rappelle en tête que sa reproduction est interdite, hors courtes citations. Et votre paraphrase devient une seconde version, moins juste, qui concurrence l'originale.
Désignez un produit si cela fixe la qualité, suivi de « ou techniquement équivalent » : à l'entreprise de démontrer l'équivalence, à vous de l'accepter par écrit. Hors du champ d'un DTU, demandez l'Avis Technique. Exemple en salle d'eau : le NF DTU 52.2 P1-1-4 (Pose collée des revêtements céramiques et assimilés – Pierres naturelles, juin 2022) traite des systèmes de protection à l'eau sous carrelage ; pour un système de douche qui n'en relève pas, exigez l'Avis Technique du produit retenu.
Trois domaines n'ont aucun DTU :
- l'électricité : NF C 15-100, édition 2024 ;
- le désamiantage : Code du travail (art. R. 4412-133 pour le plan de retrait), normes NF X 46-020 (repérage) et NF X 46-010 (certification des entreprises) ;
- la sécurité incendie des ERP : arrêté du 25 juin 1980, articles AM 1 à AM 20 (aménagements intérieurs, décoration, mobilier).
Liste complète, lot par lot : notre liste des NF DTU pour la rénovation intérieure.
Quelle différence entre CCTP et DPGF, et comment les garder cohérents ?
La distinction entre DPGF, DQE et CCTP est traitée dans notre exemple de DPGF commenté. Les trois pièces, côte à côte :
| Pièce | Ce qu'elle dit | Qui la rédige | Ce que l'entreprise en fait |
|---|---|---|---|
| CCTP | Comment : matériaux, performances, finitions, références d'exécution | L'architecte d'intérieur, en PCG | Elle chiffre la qualité décrite et s'engage à l'exécuter |
| DPGF | Combien : ouvrages, unités, quantités, prix | L'architecte d'intérieur pour la trame, l'entreprise pour les prix | Elle remplit ses prix sans toucher à la trame |
| Plans | Où : implantation, dimensions, localisation | L'architecte d'intérieur | Elle vérifie les quantités et situe chaque ouvrage |
Quatre règles de cohérence, qui conditionnent la comparaison poste à poste de la consultation des entreprises :
- Même numérotation. L'article 05.2 et la ligne 05.2 décrivent le même ouvrage.
- Chaque ligne de DPGF renvoie à un article. Sans article, l'entreprise chiffre la qualité la plus basse qu'elle juge défendable.
- Aucune prestation dans une seule des deux pièces. Décrite au CCTP mais absente de la DPGF, elle n'est pas chiffrée et revient en travaux supplémentaires.
- Unités et quantités écrites une fois, dans la DPGF. Le CCTP décrit, il ne mesure pas.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes dans un CCTP ?
- Le CCTP recopié d'un autre projet. Une cave qui n'existe pas, un renvoi au plan d'un autre client : l'entreprise en conclut que le reste n'a pas été relu.
- Des titres et versions périmés. L'ancien titre du 36.2, les DTU 53.1 et 53.2, un « NF DTU 59.4 » qui n'existe pas. Contrôlez-les contre la dernière liste du CSTB.
- « Conforme aux normes en vigueur », sans référence. À la réception, vous ne pourrez pas dire quelle règle n'a pas été respectée.
- Des limites entre lots floues. Rebouchages, dépose des plinthes, réservations : si personne n'est désigné, deux entreprises le chiffrent, ou aucune.
- Des marques imposées sans « ou techniquement équivalent ». Le produit est en rupture, aucune alternative n'est recevable, et le planning attend.
Et Nodal, dans tout ça ?
Dans Nodal, chaque lot de la DPGF porte son descriptif technique. Un interrupteur « DPGF / Descriptif technique » montre le même document lu de deux façons (le prix d'un côté, la prescription de l'autre), avec la même numérotation. La DPGF commence par le choix des lots, et des Généralités en 13 rubriques valent pour tous.
Les normes de chaque lot sont proposées à partir de la liste du CSTB du 9 décembre 2025 : vous cochez, décochez ou ajoutez, et la citation donne la référence, le titre et la version, jamais le contenu. 43 ouvrages types ont leur désignation et leur descriptif rédigés ensemble : des points de départ, à adapter à chaque projet. Consultation des entreprises par lot, comparaison des offres et rapport d'analyse des offres : disponibles selon le forfait.
Article publié le 27 septembre 2026. Références normatives vérifiées le 27 septembre 2026 contre la liste des DTU publiée par le CSTB au 9 décembre 2025. Synthèse professionnelle destinée à structurer un CCTP, qui ne constitue pas un conseil juridique. Extraits à adapter à chaque projet ; contrôlez chaque référence contre la dernière liste publiée.