L'essentiel en 30 secondes
- Le métré mesure chaque ouvrage dans son unité ; la DPGF est la trame de consultation qui en sort.
- Une unité par ouvrage, fixée une fois, identique dans le CCTP et dans la DPGF.
- Les règles de mesure varient selon les pratiques : choisissez les vôtres et écrivez-les au CCTP.
- Le métré compte l'ouvrage fini ; l'entreprise intègre ses chutes dans son prix unitaire.
- À forfait, écrivez dans le marché qui répond des quantités et comment un écart se traite.
Qu'est-ce qu'un métré de travaux, et en quoi diffère-t-il d'une DPGF ?
Le métré mesure chaque ouvrage du projet et en calcule la quantité dans son unité : m² de cloison, mètres linéaires de plinthe, nombre de prises. Notre guide du chiffrage de travaux en fait l'étape des quantitatifs par lot ; ici, on descend d'un niveau.
Il sert d'abord à estimer : un bon prix unitaire appliqué à une quantité fausse donne un estimatif faux. Puis à consulter : reportées dans la DPGF, vos quantités font que deux entreprises chiffrent le même chantier. En mission CFAI, il prend forme en APD, se consolide en PCG, puis sert en AMT et en CET.
| Document | Ce que c'est | Qui l'établit | À quoi il sert |
|---|---|---|---|
| Métré | Mesure et calcul de la quantité de chaque ouvrage | Architecte ou économiste ; l'entreprise refait souvent le sien | Estimer, préparer la consultation |
| Quantitatif | Liste des ouvrages et de leurs quantités, sans prix | Celui qui a fait le métré | Base de l'estimatif et de la DPGF |
| DQE (détail quantitatif estimatif) | Quantités estimées × prix unitaires | Quantités par la maîtrise d'œuvre, prix par l'entreprise | Marché à prix unitaires, réglé sur les quantités exécutées |
| DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) | Prix forfaitaire décomposé par lots et par postes | Trame par l'architecte, prix par l'entreprise | Comparer les offres, suivre le chantier |
La distinction vient de la commande publique : l'article R2112-6 du Code de la commande publique oppose les prix unitaires, appliqués aux quantités réellement exécutées, aux prix forfaitaires, dus quelles que soient les quantités ; le DQE accompagne en pratique les premiers, la DPGF les seconds. En marché privé, la mécanique est la même : à prix unitaires, une quantité fausse se corrige au décompte ; à forfait, elle reste à la charge de quelqu'un.
Quelle unité pour chaque lot en rénovation ?
Les unités de la pratique courante, sans valeur de référentiel : certains studios comptent les portes à l'unité, d'autres à l'ensemble.
| Lot | Unités usuelles |
|---|---|
| Démolition, dépose | m² (revêtements, cloisons) ; u (appareils, portes) ; ens. (curage) |
| Cloisons, doublages, faux plafonds | m² |
| Enduits, peinture | m² (murs, plafonds) ; ml (plinthes, corniches) |
| Carrelage, faïence | m² ; ml (plinthes) |
| Parquet, sols souples | m² ; ml (plinthes) |
| Menuiserie, agencement | u (blocs-portes) ; ml (tablettes, habillages) ; ens. (meuble décrit par plan) |
| Électricité | u par point ; ens. (tableau) |
| Plomberie | u par appareil ; ml (réseaux, quand ils sont décrits) |
| Installation de chantier, protections, nettoyage | ft (forfait) |
La règle qui compte : une unité par ouvrage, fixée une fois, identique dans le CCTP et dans la DPGF. Si le CCTP décrit la plinthe au mètre linéaire et que la DPGF la noie dans les m² de peinture, chaque entreprise choisit sa lecture. Le CCTP porte la description et la règle de mesure, la DPGF la même unité et la quantité (voir notre article sur la rédaction du CCTP).
L'ensemble (ens.) et le forfait (ft) désignent un prix global pour une prestation non mesurée. Légitimes pour l'installation de chantier ou un tableau décrit au CCTP, ils posent problème dès qu'ils couvrent un ouvrage mesurable : « Dépose salle de bains : 1 ens. » chez trois entreprises donne trois prix sans moyen de savoir ce que chacune a compté (faïence jusqu'au plafond ou à mi-hauteur, receveur, chape).
Surfaces nettes ou brutes : quelles règles de mesure appliquer ?
C'est ici que deux métrés honnêtes divergent, car les conventions varient d'un document et d'une pratique à l'autre : certaines déduisent toutes les ouvertures, d'autres seulement au-delà d'une certaine surface, d'autres comptent les tableaux à part. Aucune n'est « la » règle de votre projet : choisissez la vôtre, lot par lot, et écrivez-la au CCTP. Points à trancher :
- Net ou brut, et quelles déductions : baies, portes, gaines, trémies.
- Les développés : tableaux, retombées de poutres, soffites, coffres. Comptés à part ou inclus : dites lequel.
- Les hauteurs : un mur se mesure jusqu'au plafond fini. Faux plafond à 2,50 m sous un plafond existant à 2,90 m : la peinture des murs s'arrête à 2,50 m.
- Les sols : avec ou sans ce qui est posé dessus (cuisine, placard toute hauteur, baignoire).
Restent les chutes. Le métré quantifie l'ouvrage fini, tel qu'il sera posé ; dans la pratique professionnelle courante, l'entreprise intègre coupes, casse et chutes dans son prix unitaire, puisqu'elles dépendent du format, du calepinage et du sens de pose. Majorer la quantité ferait payer la chute deux fois : précisez-le au CCTP.
Comment faire un métré, sur plan et sur site ?
Le métré part d'un relevé. Si des plans existent, vérifiez-les sur site avant de mesurer dessus : quelques cotes de contrôle par pièce (longueurs, diagonales, hauteur, baies) suffisent. En immeuble ancien, un plan juste à quelques centimètres près reste utilisable ; un plan qui oublie une cloison ne l'est pas.
Mesurez pièce par pièce, pour ne sauter aucun placard, puis regroupez lot par lot : la fiche de métré fait le lien. Exemple : un séjour de 5,20 × 4,10 m, 2,80 m sous plafond, deux fenêtres de 1,20 × 2,15 m et une porte de 0,90 × 2,10 m, avec la règle ci-dessus :
| Pièce | Ouvrage | Dimensions (m) | Nombre | Déductions | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| Séjour | Peinture murs | 18,60 (périmètre) × 2,80 | 1 | 2 fenêtres + 1 porte, soit 7,05 m² | 45,03 m² |
| Séjour | Peinture tableaux | (2 × 2,15 + 1,20) × 0,30 | 2 | – | 3,30 m² |
| Séjour | Peinture plafond | 5,20 × 4,10 | 1 | – | 21,32 m² |
| Séjour | Plinthes bois | 18,60 (périmètre) | 1 | Porte 0,90 | 17,70 ml |
| Séjour | Parquet contrecollé | 5,20 × 4,10 | 1 | – | 21,32 m² |
Gardez deux décimales et n'arrondissez qu'au report dans la DPGF, avec une règle unique. Numérotez chaque ligne comme le poste qu'elle alimente. Contrôlez l'ordre de grandeur : périmètre × hauteur, moins les baies. Et conservez la fiche : en CET, elle sert à vérifier une situation de travaux, chiffrer une moins-value ou mener un métré contradictoire (voir notre article sur le suivi de chantier).
Qui répond des quantités dans un marché à forfait ?
Deux façons de consulter coexistent. Soit vos quantités font référence : chaque entreprise chiffre la même quantité et signale par écrit, avant de remettre son offre, celles qu'elle conteste ; les offres sont alors directement comparables. Soit chaque entreprise fait son métré et s'engage sur sa quantité, au prix d'une mise à niveau plus lourde. Les deux se combinent : vos quantités en référence, l'entreprise pouvant en indiquer une autre, ligne par ligne.
À forfait, l'article 1793 du Code civil prévoit que l'architecte ou l'entrepreneur chargé de la construction à forfait d'un bâtiment, d'après un plan arrêté et convenu avec le propriétaire, ne peut demander aucune augmentation de prix, ni pour la hausse de la main-d'œuvre ou des matériaux, ni pour des changements faits sur ce plan, sauf s'ils ont été autorisés par écrit et leur prix convenu avec le propriétaire. La jurisprudence en tire des conséquences pour le métré :
- Les travaux nécessaires relèvent du forfait. Dans la rénovation d'une agence bancaire, où la démolition avait révélé une assise rocheuse imprévue, la Cour de cassation a jugé que les travaux supplémentaires relèvent du forfait s'ils sont nécessaires à la réalisation de l'ouvrage (Cass. 3e civ., 18 avril 2019, n° 18-18.801, texte sur Légifrance).
- Un métré erroné peut engager son auteur. La Cour a jugé que le caractère forfaitaire du marché n'exonérait pas le maître d'œuvre de réparer le préjudice de l'entreprise, dès lors que l'erreur de son étude l'avait conduite à sous-évaluer son prix (Cass. 3e civ., 19 janvier 2017, n° 15-20.846, analysé sur Village de la Justice).
- Une clause peut organiser la vérification. La Cour a approuvé le rejet de travaux supplémentaires représentant 13 % du marché, dans un contrat qui obligeait l'entreprise à vérifier les ouvrages du CCTP sous sa responsabilité et à signaler erreurs et omissions sous dix jours (Cass. 3e civ., 6 mars 2025, n° 23-18.916, analysé par le cabinet Kohen).
Reste à savoir si l'article 1793 s'applique à votre chantier, puisqu'il vise la construction d'un bâtiment. La Cour l'a appliqué à l'agence bancaire, qui comprenait un lot gros œuvre et démolition, mais a jugé en 2022 que des travaux d'aménagement intérieur n'entraient pas dans ses prévisions (Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 21-12.060, résumé par WebLex). La réponse dépend des travaux et du contrat ; ce sont les juges qui qualifient.
Conséquence pratique : écrivez dans les pièces du marché qui répond des quantités, dans quel délai une erreur se signale et comment un écart est traité, par exemple au prix unitaire de l'offre et par écrit. Précisez aussi dans votre contrat de mission ce que couvre votre métré.
Quelles erreurs de métré coûtent le plus cher ?
- Mélanger les unités. Plinthes au m² ici, au ml là : l'écart ressemble à un écart de prix sans en être un.
- Oublier les plafonds et les retours. Tableaux, retombées, soffites, fonds de placards : absents du plan, présents sur la facture.
- Métrer en brut sans le dire. L'entreprise qui mesure en net vous croit dans l'erreur, ou garde la différence.
- Mettre des « ens. » partout. Aucune mise à niveau n'est possible sur une ligne sans quantité.
- Métrer sur des plans non vérifiés. Sans cotes de contrôle, l'erreur se reproduit dans toutes les offres.
- Ne pas métrer la dépose. Elle se mesure comme la pose ; laissée à l'ensemble, elle cache les écarts.
- Arrondir au supérieur à chaque ligne. Sur une centaine de lignes, l'estimatif gonfle. Une marge se prend une fois, écrite.
Du métré à la DPGF : comment comparer les offres ligne à ligne ?
Si la fiche est propre, chaque total, regroupé par lot et par ouvrage, devient une ligne de DPGF avec sa désignation, son unité et sa quantité. Notre exemple de DPGF commenté montre la trame complète.
À réception des offres, lisez les quantités avant les prix. Si une entreprise a remplacé votre quantité, réglez l'écart d'abord : soit votre métré est juste et elle chiffre votre quantité, soit elle a vu ce qui vous avait échappé, et la correction part, datée, à toutes les entreprises. Les écarts restants sont des écarts de prix, qui se lisent ligne à ligne : voir notre méthode pour comparer les devis d'artisans et notre guide de la consultation des entreprises.
Et Nodal, dans tout ça ?
Dans Nodal, chaque ligne de DPGF porte une unité et une quantité : vous y reportez celles de votre fiche de métré, dans une trame construite dans l'outil ou importée depuis votre DPGF existante (.xlsx ou .csv). La bibliothèque de prix donne des prix unitaires estimatifs, et chaque ligne reste modifiable.
Pour consulter, vous choisissez qui répond des quantités. Soit les vôtres font référence et l'entreprise ne fait que chiffrer : si son fichier revient avec d'autres quantités, Nodal signale l'écart de métré ligne par ligne, sans jamais l'appliquer. Le comparatif signale, il ne tranche pas. Soit l'entreprise renseigne ses propres quantités, ligne par ligne. Dans les deux cas, la comparaison des offres se fait ligne à ligne. Ces fonctions de consultation dépendent du forfait : voir les tarifs.
Article rédigé le 27 septembre 2026. Synthèse professionnelle destinée à organiser un métré et une consultation, qui ne constitue pas un conseil juridique. L'application de l'article 1793 du Code civil à des travaux de rénovation dépend des travaux et du contrat, et s'apprécie au cas par cas : faites relire votre contrat par un avocat ou un juriste.