L'essentiel en 30 secondes
- Le suivi financier de chantier est un tableau par lot : marché signé, travaux supplémentaires validés, situations facturées, montants payés, reste à payer.
- L'argent ne passe pas par vous : le client paie chaque entreprise ; vous vérifiez l'avancement, visez les situations et tenez le tableau.
- Facturé et payé sont deux colonnes. Les confondre fausse le reste à payer.
- En marché privé de travaux, la retenue de garantie ne dépasse pas 5 % et se libère un an après la réception, sauf opposition motivée (loi du 16 juillet 1971).
- Un travail supplémentaire entre dans le tableau validé par le client avant exécution, ligne par ligne, rattaché à son lot.
Qu'est-ce que le suivi financier d'un chantier ?
Le suivi financier d'un chantier est un tableau tenu lot par lot qui rapproche, pour chaque entreprise, le marché signé, les travaux supplémentaires validés, les situations et acomptes facturés, les montants payés par le client et le reste à payer. L'architecte d'intérieur le tient, le client le lit, les factures des entreprises l'alimentent.
Il répond à une seule question : où en est-on par rapport à ce qui a été engagé ? Trois chiffres par lot y répondent : l'engagé (marché plus TS validés), le facturé, le payé. Le reste à payer se déduit du premier et du troisième.
Il commence avec la DPGF figée : chaque lot attribué devient une ligne, avec son marché HT, sa TVA et son TTC (voir notre exemple de DPGF commenté). Il se termine au DGD du dernier lot, après la réception, et vit entre les deux au rythme des situations.
Pourquoi l'architecte d'intérieur tient-il ce tableau alors que l'argent ne passe pas par lui ?
Parce que le client paie chaque entreprise directement, sur des factures qu'il ne sait pas contrôler. L'architecte d'intérieur n'encaisse rien et ne reverse rien : les entreprises contractent avec le client. Mais il est le seul à constater l'avancement sur place, donc le seul à pouvoir dire si une situation de travaux correspond à ce qui est réellement exécuté.
Au contrat CFAI, cette tâche a un nom : la phase CET (contrôle et comptabilité des travaux). Vous vérifiez l'avancement avant chaque situation, vous la visez ou la faites corriger, et vous tenez la comptabilité du chantier pour le compte du client, qui garde la main sur chaque paiement.
Sans ce tableau, le client additionne des factures : une situation payée sans contrôle de l'avancement, un travail supplémentaire jamais rattaché à son lot, et le dépassement découvert au dernier décompte, quand plus rien ne peut être arbitré. Une architecte d'intérieur rencontrée cette année nous a montré le sien : un tableur tenu à la main, lot par lot, du marché au reste à payer.
Quelles colonnes mettre dans le tableau de suivi financier ?
Douze colonnes suffisent, réparties en deux blocs. Le marché : montant HT, taux et montant de TVA, TTC, travaux supplémentaires validés, total engagé. Les paiements : situations 1 à n, décompte général définitif, facturé, payé, reste à payer en euros et en pourcentage. Une ligne par lot, une ligne de total, et le même tableau du premier jour au dernier.
L'exemple ci-dessous est fictif : un appartement de plus de deux ans, trois lots attribués, chantier en cours, sans retenue de garantie (traitée plus bas). Les travaux sont au taux réduit de 10 %, attestation remise à chaque entreprise ; une boutique, ou une entreprise sans attestation, facture à 20 %. Le taux se note lot par lot (voir TVA à 10 ou 20 % sur les travaux).
| Lot | Marché HT | TVA 10 % | Marché TTC | TS validés TTC | Engagé TTC |
|---|---|---|---|---|---|
| Lot 02 – Plâtrerie | 18 400,00 € | 1 840,00 € | 20 240,00 € | 1 375,00 € | 21 615,00 € |
| Lot 03 – Électricité | 12 600,00 € | 1 260,00 € | 13 860,00 € | 0,00 € | 13 860,00 € |
| Lot 07 – Peinture | 9 800,00 € | 980,00 € | 10 780,00 € | 704,00 € | 11 484,00 € |
| Total | 40 800,00 € | 4 080,00 € | 44 880,00 € | 2 079,00 € | 46 959,00 € |
| Lot | Situation 1 | Situation 2 | DGD | Facturé | Payé | Reste à payer | Reste % |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Lot 02 – Plâtrerie | 8 096,00 € | 8 096,00 € | 5 423,00 € | 21 615,00 € | 16 192,00 € | 5 423,00 € | 25,1 % |
| Lot 03 – Électricité | 4 158,00 € | 5 544,00 € | à venir | 9 702,00 € | 9 702,00 € | 4 158,00 € | 30,0 % |
| Lot 07 – Peinture | 3 234,00 € | à venir | à venir | 3 234,00 € | 0,00 € | 11 484,00 € | 100 % |
| Total | 15 488,00 € | 13 640,00 € | 5 423,00 € | 34 551,00 € | 25 894,00 € | 21 065,00 € | 44,9 % |
Lecture du tableau. Le plaquiste a terminé : son DGD est émis, pas encore réglé, et le reste à payer du lot lui est égal. L'électricien est payé à jour ; il lui reste 30 % à facturer. Le peintre vient d'émettre sa première situation, à vérifier avant paiement. En bas : 8 657,00 € facturés et non payés, 12 408,00 € restant à facturer ; leur somme donne le reste à payer, 21 065,00 €, soit 44,9 % de l'engagé.
À retenir : le pourcentage se calcule sur l'engagé du lot, TS compris. Un lot à 30 % de reste à payer attend son DGD ; un lot à 100 % attend vos premiers constats d'avancement.
Acompte, situation de travaux, DGD, retenue de garantie : de quoi parle-t-on, et à quel moment ?
Quatre mots, quatre moments. L'acompte se paie avant ou au démarrage, sur facture d'acompte. La situation de travaux se facture en cours de chantier, à hauteur de l'avancement constaté. Le décompte général définitif solde le lot après la réception. La retenue de garantie, si le marché la prévoit, s'applique à chaque paiement et se libère un an après la réception.
L'acompte
Versé à la commande ou avant le démarrage, souvent pour les approvisionnements, l'acompte est un paiement sur le prix du marché, qui en fixe le montant et le moment ; aucun texte n'en impose le pourcentage en marché privé. L'entreprise émet une facture d'acompte, que vous reportez dans le tableau dès réception. Dans le tableau, il occupe la première colonne de paiement et se déduit des situations suivantes.
La situation de travaux
En cours de chantier, l'entreprise présente une situation : l'état cumulé des travaux exécutés, moins ce qui a déjà été facturé. Vous la vérifiez sur place avant de la viser ; le client la paie dans le délai du marché. Si le marché se réfère à la norme NF P 03-001 (Marchés privés, cahier des clauses administratives générales applicable aux travaux de bâtiment faisant l'objet de marchés privés, octobre 2017), norme volontaire qui ne s'applique que si le contrat la cite, elle encadre le rythme des situations et le décompte final. La facture de situation est celle de l'entreprise ; votre facture d'honoraires suit son propre circuit (voir facturation électronique).
Le décompte général définitif (DGD)
Après la réception, l'entreprise établit son décompte général définitif : le marché, plus les TS validés, moins les moins-values, moins ce qui a déjà été facturé. Le solde est la dernière facture du lot. Vous le vérifiez ligne à ligne contre votre tableau : chaque TS au montant validé, et rien d'autre. Une contestation se formule par écrit, point par point, avant le paiement. La réception, avec ou sans réserves, est l'acte par lequel le client déclare accepter l'ouvrage (article 1792-6 du Code civil) ; notre guide du PV de réception détaille les réserves et leur levée.
La retenue de garantie
En marché privé de travaux, les paiements d'acomptes peuvent être amputés d'une retenue de 5 % au plus, qui garantit l'exécution des travaux pour satisfaire aux réserves de la réception. Elle est consignée auprès d'un consignataire accepté par les deux parties, ou remplacée par une caution personnelle et solidaire d'un établissement financier. Un an après la réception, avec ou sans réserves, elle est libérée, sauf opposition motivée du client par lettre recommandée (loi n° 71-584 du 16 juillet 1971, articles 1 à 3 ; toute clause contraire est nulle). Sur le lot plâtrerie de l'exemple, 5 % de 21 615,00 € font 1 080,75 €, à garder dans le reste à payer jusqu'à leur libération.
Les pénalités de retard
Elles n'existent que si le marché les prévoit : montant par jour, point de départ, plafond. Le juge peut modérer une pénalité manifestement excessive, et elle n'est encourue qu'après mise en demeure, sauf inexécution définitive (article 1231-5 du Code civil). Dans le tableau, une pénalité est une ligne en moins sur le DGD, décidée par le client, jamais appliquée par vous seul.
Ces repères constituent une synthèse professionnelle ; les conditions applicables à un chantier se lisent dans chaque marché signé entre le client et l'entreprise.
Comment traiter les travaux supplémentaires dans le suivi ?
Un travail supplémentaire entre dans le tableau à trois conditions : validé par le client avant exécution, chiffré ligne par ligne (HT, TVA, TTC), rattaché au lot qui l'exécute. Tant qu'il n'est pas validé, il reste hors de l'engagé, dans une liste d'attente visible. Un TS noyé dans une situation ne se retrouve ni au DGD ni dans le budget.
Le circuit est toujours le même. L'entreprise chiffre le TS sur la trame du lot, avec le numéro d'article de la DPGF quand il modifie un poste existant. Vous le vérifiez (quantités, prix unitaires) et le présentez au client avec son effet sur le reste à payer. Le client valide, par écrit et daté ; le TS prend sa ligne, et l'entreprise l'exécute puis le facture dans sa prochaine situation.
À retenir : une moins-value suit le même circuit, en négatif. Un poste supprimé sans ligne de moins-value validée reste dans le marché, et rien n'empêche l'entreprise de le réclamer au DGD.
Honoraires au pourcentage des travaux : sur quel montant les calculer ?
Au départ, le devis d'honoraires se calcule sur l'estimatif, puisque les marchés n'existent pas encore. À l'arrivée, l'assiette réelle est la somme des marchés signés et des travaux supplémentaires validés, hors TVA. Entre les deux, la règle doit être écrite dans le contrat : assiette, moment du recalcul, sort des moins-values. Sans cette clause, le dernier appel d'honoraires se discute.
Reprenons l'exemple, avec un taux fictif de 12 %. Le devis d'honoraires validé par le client portait sur un estimatif de 40 000,00 € HT de travaux : 4 800,00 € HT. Marchés signés 40 800,00 € HT plus TS validés 1 890,00 € HT font 42 690,00 € HT : 12 % font 5 122,80 € HT. L'écart, 322,80 € HT, n'est dû que si le contrat prévoit le recalcul sur les marchés réels, et il se présente au client à chaque TS validé. Nos guides sur les honoraires d'architecte d'intérieur et le contrat CFAI détaillent la clause à écrire.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes dans un suivi financier de chantier ?
- Confondre facturé et payé. Une facture reçue n'est pas un paiement, une facture visée non plus. Deux colonnes, deux dates : celle de la facture, celle du virement. Sinon le reste à payer tombe trop vite à zéro.
- Oublier les travaux supplémentaires. Un TS validé par téléphone, exécuté, jamais inscrit : il réapparaît au DGD, et le client découvre un dépassement qu'il avait pourtant accepté. Chaque TS prend sa ligne le jour de sa validation.
- Mélanger TVA à 10 % et à 20 % dans un même total. Travaux d'un logement de plus de deux ans à 10 % sous conditions, honoraires et boutique à 20 % : un total TTC additionné sans distinguer les taux est faux.
- Attendre la fin pour faire le point. Reporter un TS ou simplifier un poste n'est possible qu'en cours de chantier. Mettez le tableau à jour à chaque situation reçue et montrez-le au client à chaque réunion de chantier.
- Laisser une entreprise facturer plus que l'avancement constaté. Une situation à 80 % sur un lot exécuté à 50 % se corrige avant le visa, par écrit. Payée, elle retire au client son seul levier : le solde. Votre suivi de chantier (comptes rendus datés, photos) est la preuve sur laquelle le visa s'appuie.
Et Nodal, dans tout ça ?
Dans Nodal, le suivi financier est un livre de comptes dérivé : il se construit à partir des lots figés de la DPGF et des travaux supplémentaires validés par le client, sans re-saisie du marché. Pour chaque lot : marché HT, TVA et TTC, acomptes et situations 1 à n, DGD, facturé, payé, reste à payer en euros et en pourcentage. Les marchés passés hors DPGF s'ajoutent en lignes à part. Vous saisissez les acomptes, les situations, le DGD et les paiements ; le reste se calcule.
Les honoraires au pourcentage sont recalculés sur les marchés réels, côté architecte seulement : le client garde le montant du devis d'honoraires qu'il a approuvé. Le tableau s'ouvre en tableur plein écran et s'exporte en Excel et en PDF. Le client lit « Où en est le budget » dans son espace, en lecture seule, à votre charte. Consultation des entreprises, figeage des lots et espace à votre marque : disponibles selon le forfait.
Article publié le 18 octobre 2026. Références juridiques vérifiées le 18 octobre 2026 sur Legifrance. Montants de l'exemple fictifs. Synthèse professionnelle qui ne constitue ni un conseil juridique ni un conseil financier. Les conditions de paiement, de retenue et de pénalités applicables à un chantier se lisent dans chaque marché.